concevoir Papillon : faire de la galère Pronote un plaisirjuil. 2025

concevoir Papillon

Lundi, 8 h. Trois menus imbriqués plus tard, je ne sais toujours pas si j’ai maths en première heure. Cette frustration est devenue Papillon, l’app scolaire qui a aujourd’hui dépassé le million de téléchargements.

Comment tout a commencé

Tout a commencé sur Twitter. Après que j’ai posté un concept de refonte du site de mon lycée, un développeur, Vince, m’a répondu pour me dire qu’il habitait tout près. On est vite devenus potes, et on a fini par se rencontrer en vrai. Vince travaillait déjà sur Papillon depuis quelques années. À l’époque, j’étais encore au lycée et, comme beaucoup, je trouvais l’interface de Pronote frustrante et pas du tout accueillante. Quand Vince m’a proposé de rejoindre l’équipe, j’ai tout de suite dit oui, ravi de pouvoir repenser l’expérience utilisateur.

Frérot je suis grave choqué par ton post twitter

Genre je sais pas si t’as pris ce lycée au pif ou quoi, mais le monde est vraiment petit, j’habite à genre 20 km de ce lycée

On s’est lancés à fond. Pendant un mois, on s’appelait presque tous les soirs pour réfléchir et construire ensemble. Mon rôle était clair dès le départ : j’étais le cerveau visuel du projet. J’ai designé chaque écran, réfléchi en profondeur à la cohérence de l’ensemble, et toujours proposé au moins deux alternatives pour chaque élément, pour que l’équipe puisse choisir. Ça a créé une vraie dynamique d’équipe, mais aussi un sacré défi. Pronote est une app énorme et complexe, et chaque nouvelle fonctionnalité soulevait des questions difficiles d’ergonomie, de logique et d’utilité.

Le problème avec Pronote

L’app Pronote : contenus, notes, accueil.

Ouvre Pronote et tu tombes sur la page d’accueil, à droite. C’est la première chose que voit chaque élève, et les deux choses pour lesquelles il est vraiment venu, l’emploi du temps du jour et les devoirs pour demain, sont reléguées plus bas, hors de l’écran. À la place, l’espace le plus précieux est occupé par un pense-bête, une liste de liens externes et un bloc de contrôles à venir. Des infos secondaires, parfois tertiaires, qui prennent la place qui compte le plus.

Le reste suit la même logique. Le contenu des cours se cache derrière trois menus déroulants empilés avant qu’une seule leçon n’apparaisse. Le relevé de notes est un mur de chiffres, sans aucune idée de ce qui est bon, de ce qui est récent ou de ce qui compte. Tout est du texte, tout a le même poids, et rien ne guide l’œil.

Et la navigation ne passe pas par une barre d’onglets. C’est un menu hamburger, un principe que le mobile a abandonné il y a dix ans, parce qu’il enterre tout derrière un seul appui et ne te dit rien de là où tu peux aller. Ajoute à ça une mise en page clairement pensée d’abord pour l’ordinateur, et tu obtiens une app qui fait perdre du temps aux élèves chaque matin.

Le design, ce n’est pas seulement l’apparence et la sensation. Le design, c’est la façon dont ça fonctionne.
— Steve Jobs

Concevoir l’alternative

L’écran d’accueil de Papillon.

Repenser Papillon, ça voulait dire commencer par une chose : remettre en question les habitudes. Ça paraît évident, mais quand tu utilises Pronote depuis le collège, tu oublies à quoi pourrait ressembler une app scolaire. L’interface devient le plafond de ce que tu imagines possible. Le premier boulot, c’était donc de la désapprendre.

Deux objectifs, donc, qui tiraient dans des directions différentes. Faire quelque chose de vraiment plus rapide à utiliser, et faire quelque chose que les élèves auraient vraiment envie d’ouvrir. Personne ne parle du second, mais quand t’as quinze ans, avoir quelque chose de beau entre les mains, ça compte.

J’ai commencé par la question de base : qu’est-ce qu’un élève a besoin de voir à la seconde où il ouvre une app scolaire ? L’emploi du temps. Entre les salles qui changent, les profs absents et les cours qui bougent, c’est la seule chose que tu vérifies tous les matins. Alors c’est ce qu’on a mis en premier, tout en haut, sans rien avoir à faire défiler.

Pour le concevoir, je me suis replongé dans la façon dont les interfaces mobiles gèrent le temps. J’ai décortiqué en détail l’app Calendrier d’Apple : ce qu’elle montre, ce qu’elle cache, quels détails se lisent d’un coup d’œil et lesquels peuvent attendre un appui. Cette étude a façonné l’écran d’accueil auquel on a abouti : une pile de widgets avec les raccourcis et l’emploi du temps en haut, puis les notes et les devoirs en dessous, pour que tout ce dont tu as besoin le matin tienne en un seul regard.

Papillon : emploi du temps, tâches, notes.

L’ajout dont les élèves parlaient sans arrêt, c’était la moyenne en continu, tracée sous forme de courbe sur toute l’année. Pronote te donne les chiffres, les uns après les autres, mais rien qui montre une évolution. Voir ta moyenne grimper, ou baisser, transforme une liste de notes en quelque chose que tu peux vraiment lire.

Quelques ajouts pratiques ont fini par se retrouver sur chaque page plutôt que sur une seule : la recherche dans tes propres données, et des filtres par-dessus. Des petites choses, mais c’est ce qui permet à un élève de retrouver une note de novembre sans faire défiler tout un trimestre.

Sortir de ma zone de confort

Papillon m’a poussé bien au-delà de ma zone de confort. J’avais l’habitude de travailler seul, et d’un coup, j’ai dû collaborer avec une équipe qui existait déjà avant mon arrivée. Ils m’ont donné des tonnes de conseils, et j’ai aussi dû intégrer les retours des utilisateurs, y compris des élèves eux-mêmes. C’était exigeant, mais incroyablement enrichissant. J’ai appris à mieux expliquer mes choix de design, à défendre mes idées, mais aussi à les remettre en question et à changer de cap quand il le fallait.

Du projet perso au succès viral

Bande-annonce de Papillon V8 · motion design par Vince Linise

Et puis… Papillon a explosé. On a passé le cap du million de téléchargements, une vraie tendance TikTok est née autour de l’app, et les médias français ont commencé à en parler. Certains utilisateurs la recommandaient en disant « Regardez comme c’est plus beau que Pronote ! » Entendre des gens apprécier le côté esthétique du projet m’a énormément touché. Ça prouvait que mon travail parlait aux gens, même sans explication. En tant que designer, je ne crois pas qu’il existe de plus beau compliment.

Quelques articles de presse sur Papillon

Avec le recul

Papillon a été un tournant pour moi, à la fois une aventure humaine incroyable et un vrai apprentissage professionnel. J’ai eu la chance de m’exprimer, d’apprendre à travailler en équipe, et de voir mes idées toucher un public énorme. Même si je suis arrivé après les développeurs, leurs retours m’ont aidé à grandir et à trouver ma place.

Si je ne devais retenir qu’une chose de ce projet, c’est que le design compte. Quand les gens trouvent de la beauté et de la clarté là où il n’y avait que de la confusion, c’est quelque chose de spécial. Et c’est exactement pour ça que j’aime ce que je fais.